H.R Trevor-Roper, "Les derniers jours de Hitler"

Publié le par comprendreletotalitarisme

Les-derniers-jours-de-hitler.jpg

 

- "Les derniers jours de Hitler", Hugh Redwald (H.R) Trevor-Roper, édition Calmann-Levy, collection L'Heure H.

 

Que s'est-il réellement passé dans le bunker de la chancellerie du Reich entre la mi-avril et le 8 mai 1945 ? L'énigme demeurait encore entière en 1947, date de publication de l'ouvrage de H.R Trevor-Roper (1964 pour la France), soit deux ans après la chute du IIIe Reich. Les rumeurs les plus folles circulaient toujours : le maître de l'Allemagne réfugié dans une base polaire, argentine ou papouasienne, dissimulé au cœur même du Reich sous les traits d'un inoffensif individu, le tout par la grâce d'une science médicale encore balbutiante, la chirurgie esthétique... Pis, les insinuations soviétiques, plus ou moins directement formulées, laissant entendre que le Führer vivait encore sous la protection des Occidentaux, contribuaient à embrumer un peu plus la situation en plongeant les démocraties dans un embarras gênant aux niveaux politique et diplomatique ; ce qui constituait, on le sait maintenant avec certitude, leur objectif principal.

Que peut donc bien faire un homme seul confronté à un tel imbroglio politico-diplomatique ? Pas grand chose à priori, serait-on tenté de répondre. Ce ne fut pourtant pas le cas de Trevor-Roper, cet esprit acéré que l'Intelligent Service avait spécifiquement missionné pour mettre de l'ordre dans la connaissance qu'avaient les Alliés occidentaux de ces quelques jours, devenus après-coup si cruciaux. Lui, en bon enquêteur, savait que la manifestation de la vérité ne peut être issue d'autre chose que de la confrontation des témoignages et des documents officiels, personnels ou encore militaires.

A ce stade, en ce qui concerne justement les protagonistes de la tragédie, en résumé une grosse vingtaine de personnes, relativement peu sont malheureusement aux mains des Alliés occidentaux ou en mesure de témoigner librement. Beaucoup se révèlent disparus, soit prisonniers des Russes, soit morts, soit en fuite. C'est donc en récoltant et en analysant les déclarations de onze d'entre eux seulement que l'agent des services secrets anglais va entamer ses investigations. Par la suite, il ne lui restera plus qu'à synthétiser l'ensemble à l'aide des tous les éléments écrits en sa possession, débris épars d'un navire national-socialiste en perdition, et d'en tirer cette "substantifique moelle" au parfum de vérité qui est nécessaire à tout historien en herbe (l'homme avait tout de même bénéficié à ce niveau d'une formation oxfordienne de haute qualité).

De ce travail, tout d'abord confidentiel, résulte l'ouvrage historique consacré aux "derniers jours de Hitler". Patiemment rédigé, amendé en 1964 et intégrant les dernières évolutions de notre connaissance de la période pour les besoins de cette ré-édition, préfacé par un témoin direct de la folie hitlérienne, l'ancien ambassadeur Français auprès du IIIe Reich, André François-Poncet, il va sans dire que l’œuvre se place d'emblée parmi les indispensables lectures, et ceci même si elle n'avait rien induit de vraiment révolutionnaire. Ce qui n'est pas le cas. Car, à bien y réfléchir et en dépit de la distance chronologique nous séparant d'elle, ainsi que des progrès réalisés depuis dans le domaine de l'analyse des régimes totalitaires, ses apports s'avèrent encore et toujours majeurs.

En définitive, il faut le reconnaître, ce sont bien les analyses de Trevor-Roper qui permettent, sans aucun doute possible, de confirmer un certain nombre de faits et d'événements capitaux. Et, premier d'entre eux, le décès du dictateur névrotique ayant dominé l'Allemagne durant plus de dix longues années. Mais pas uniquement. Son enquête éclaire aussi de manière définitive les multiples péripéties de cette apocalyptique fin de règne : la destitution et le remplacement de Goering, ce satrape digne de l'Antiquité qui constituait un des piliers majeurs du régime, l'exécution de Fegelein, ce bourreau S.S sans conscience qui avait épousé la sœur de la nébuleuse Éva Braun, enfin la mise à l'index, prélude à un final dantesque, du "fidèle Himmler", maître de l'Ordre Noir et, en tant que tel, un peu trop pressé de recueillir l'héritage hitlérien...

A ce titre, "Les derniers jours de Hitler" demeurent, malgré le temps qui passe, une incontournable lecture, et même une source de premier ordre permettant, aujourd'hui encore, au chercheur d'affiner sa pensée et ses interprétations. Les preuves, les références, les témoignages qu'elle offre sont donc d'une incroyable valeur et méritent d'être préservés, voir utilisés comme socle à toute démarche sérieuse d'étude du IIIe Reich hitlérien. Enfin, il est tout autant nécessaire de remercier l'homme, H.R Trevor-Roper, qui, en dépit des enjeux politiques alors attachés au dossier, n'a pas négligé l'impératif légitime d'écriture de l'Histoire, cette science sans laquelle l'être humain ne serait pas ce qu'il est.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.21- THÉORÈME des POUVOIRS. - Le pouvoir une folie ?
Répondre