Ernst Nolte, "Les fondements historiques du national-socialisme"

Publié le par comprendreletotalitarisme

Les-fondements-historiques-du-national-socialisme.jpg- « Les fondements historiques du national-socialisme », Ernst Nolte, éditions Pocket, collection Agora.

 

Révisionnisme. Vision historique tendant à la remise en question des évidences acquises. Les nazis, pratiquement les premiers, furent des révisionnistes en ce qu'ils réclamaient fanatiquement l'abandon des principes du traité de Versailles. Les juifs, eux-mêmes, comptaient dans leurs rangs des « sionistes révisionnistes », c'est-à-dire visant à une redéfinition du mouvement, perçu comme bien trop ancré à Gauche. Enfin, après-guerre, un certain nombre d'intellectuels occidentaux se sont publiquement exprimés en faveur d'une remise en cause de la véracité de la volonté d'extermination des juifs, voir de la catégorisation négative du régime national-socialiste en particulier, ou du fascisme en général.

Ceci dit, est-il vraiment juste de taxer un grand historien allemand, Ernst Nolte, de « révisionnisme » ? Pour qui veut répondre à cette interrogation, il est absolument indispensable de disséquer sa pensée et les arcanes de sa théorisation des origines du totalitarisme hitlérien. En effet, l'homme remet en cause une certaine interprétation du nazisme qui en ferait une sorte de léviathan de l'histoire européenne et mondiale, phénomène politique et culturel inédit, indépassable et surtout sans aucune récurrence future possible. Ce constat partisan ne convient certainement pas à l'historien Nolte. Nul besoin de le contester.

Mais cela en fait-il pour autant un hérétique de la pensée historiographique moderne ?

Au sens strict, la réponse ne peut qu'être négative. Car il ne nie jamais la barbarie que constitua l'extermination programmée de millions d'individus. Bien au contraire, il affirme haut et fort sa parenté philosophique avec les analyses des grands (Fest, Arendt, Furet et De Felice pour ne citer qu'eux). Et, en fin de compte, il faut bien reconnaître qu'elle est incontestable. Mais alors, qu'est-ce qui pose problème avec Ernst Nolte ? Simplement le fait qu'il suppose une origine « génétique » commune au marxisme stalinien, au fascisme mussolinien et au national-socialisme hitlérien. Plus exactement que, s'il est évident que fascisme et nazisme se développèrent en réaction à ce qui était ressenti comme un péril bolchévik, pour cette raison même, les premiers furent amenés à intégrer un ensemble de pratiques et de modes de pensées directement issus de la sphère idéologique ennemie. C'est ainsi que l'institution des camps de concentration aurait été calqué sur son pendant soviétique, le goulag. Ce dernier étant lui-même un descendant direct des structures de confinement de masse institués par les Anglais au cours de la Guerre des Boers en Afrique du Sud, il en résulte que les pratiques nazies en ce domaine seraient les enfants naturels de la démocratie libérale à la mode anglo-saxonne et de l'autocratie dirigiste constitutive des pouvoirs de l'Europe orientale.

Cette hypothèse a, il faut bien s'en douter, de nombreux détracteurs, particulièrement à Gauche de l'échiquier politique. Ceux-ci s'appuyant volontiers sur un argument-choc : la théorie noltienne déboucherait en fait sur une banalisation inacceptable de la barbarie nazie. Mais, à la lecture du plaidoyer de Ernst Nolte, il est évident que ce n'est pas le cas. Ce serait même plutôt le contraire dans le sens où sa réflexion conduirait en dernière analyse à diaboliser l'expérience communiste menée en Russie, tout en réaffirmant l'inhumanité évidente de ses cousins de Droite.

En réalité, c'est à ce niveau que le bât blesse. Car intégrer la réflexion de l'auteur conduirait inévitablement à redéfinir les critères d'évaluation des régimes issus de l'idéologie marxiste et, surtout, à s'en affranchir totalement. Tel fut l'objectif par exemple d'un certain nombre d'auteurs du fameux ouvrage collectif connu sous le titre de « Livre noir du communisme ». Mais, une fois encore, la polémique ne les épargna pas, puisqu'une autre partie de l'équipe rédactrice elle-même s'éleva contre ce qu'elle considérait comme une dénaturation « du caractère historique » du « phénomène » communiste. Ce en quoi leur fut répondu qu'ils constituaient « une équipe entièrement de Gauche qui, parce qu'elle est de Gauche, se pose des questions ». Être de Gauche nous condamne-t-il donc à une certaine cécité historiographique ? Il faut bien reconnaître que les arguments développés ne manquent pas de poids. Toutefois, l'avenir seul permettra d'en juger.

Il n'en demeure pas moins que, sous la pression, Ernst Nolte éprouve ici le besoin, une fois encore, de se justifier au sein d'un livre-plaidoyer. Ce qui est très regrettable car l'homme demeure un grand historien et ses théories méritent de manière évidente de retenir toute notre attention, justement parce qu'elles nous amènent à examiner de nouveau avec un regard critique nos certitudes. Pour cette raison même, « Les fondements historiques du national-socialisme », par delà leur caractère éminemment justificatoire, nécessitent malgré tout de se voir étudiés avec sérieux et considération.

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