Christian Pineau, "Krematorium - La simple vérité (Tome 2)"

Publié le par comprendreletotalitarisme

Christian-Pineau.jpg- « Krematorium – La simple vérité » (Tome 2), Christian Pineau, éditions Presse Pocket.

 

Crématoire. Four servant à réduire les humains en petits tas de cendres. Pour qu'il n'en reste plus rien, pour qu'ils ne prennent plus de place au sein de l'espace des vivants, pour qu'on en oublie même le souvenir. Telle fut la fonction de celui de Buchenwald, camp de concentration comme il y en eut tant d'autres au cœur du grand reich allemand, mouroir à ciel ouvert où l'être humain est exterminé par la faim et le travail.

Si Christian Pineau a fait de ce mot le titre de son ouvrage, c'est bien parce que ce lieu représente en définitive une finalité évidente du système d'internement nazi. Car il constitue la menace la plus immédiate planant sur les têtes de déportés entièrement déshumanisés, désormais totalement à la merci de leurs bourreaux sadiques et au service d'un système psychotique qui tire de leurs forces la substance vitale nécessaire à sa perpétuation. Du coup, Christian Pineau et ses semblables creusent, tirent, portent et transportent à tour de bras, toujours sous la schlague de leurs geôliers, eux-mêmes premières victimes de la barbarie hitlérienne. Qu'est-ce qui peut bien les faire tous se mouvoir et repousser les limites de la résistance physique ? Justement, la peur, non de la mort, ce repos qui doit apparaître si doux à leurs yeux, mais de l'oubli, d'une disparition infamante et anonyme qui les placerait parmi les cohortes de malheureux dont personne ne sait ce qu'il est advenu.

Voilà la raison pour laquelle les plus forts s'acharnèrent à se laver, à se nourrir du mieux possible en développant un système de solidarité, à instituer une forme de sociabilité parallèle à celle imposée par les cerbères nazis, ces SS que l'on ne voit finalement apparaître que de loin en loin. Voilà pourquoi Pineau ne lâche jamais son beau-père et les camarades de « popotte », ces seuls liens persistants avec celui qu'il fut avant, frêles esquifs d'humanité qui permettent de se raccrocher à quelque chose.

Les autres, tous les autres, les plus faibles physiquement, les moins résolus d'esprit, en résumé les plus tendres et les plus vulnérables, ne s'en sortirent pas. C'est finalement pour eux que témoigne Christian Pineau, pour que le fantasme sado-masochiste nazi ne prenne jamais corps et que du devoir de mémoire et de solidarité humaine nous cultivions toujours les fruits gorgés de promesses.

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