Roger Faligot, "La rose et l'edelweiss - Ces ados qui combattaient le nazisme, 1933-1945"

Publié le par comprendreletotalitarisme

La-rose-et-l-edelweiss.jpg- « La rose et l'edelweiss – Ces ados qui combattaient le nazisme, 1933-1945 », Roger Faligot, éditions La Découverte-Poche.

 

Il faut bien reconnaître que l'historiographie de la résistance au nazisme demeure largement parcellaire en ce qu'elle se concentre bien trop souvent sur les grands mouvements et sur les organisations « institutionnelles », que ces dernières se rattachent au nationalisme ou à l'idéologie communiste. C'est justement à cette lacune que Roger Faligot s'attache à remédier dans son ouvrage consacré à cette forme de rébellion que beaucoup ont jusqu'à présent négligée : celle des adolescents.

Bien sûr, nous avons presque tous entendu parler de Sophie et Hans Scholl, de la Rose Blanche et de ce courage peu commun qui les conduisit à faire don de leur vie. Malheureusement, il n'en va pas de même pour tous les autres, ces enfants qui décidèrent un jour que cela ne pouvait plus durer, qu'il fallait faire quelque chose. C'est en effet à partir de ce simple constat que se développèrent les ardeurs juvéniles de diverses organisations et groupuscules aux noms bigarrés : « pirates de l'edelweiss », « swings kids », « vikings masqués du club Churchill », « scouts gris » de Varsovie et tant d'autres injustement négligés par l'Histoire...

Roger Faligot nous narre donc par le menu leurs périples, leurs actes les plus anodins comme leurs plus grandes réussites. Sans oublier bien sûr la répression qui s'abattit sur beaucoup d'entre eux sans considération de leur âge ou de la légitimité de leur volonté de ne pas oublier qui ils étaient. Ces Guy Môquet, ces Anne Corre, ces Roza Robota, qui n'acceptèrent pas de plier face à l'éradication de leur identité culturelle et politique, forcent le respect. A l'heure où tant de jeunes, et de moins jeunes d'ailleurs, affectent de se démarquer de toute forme d'implication dans la vie de la communauté, à l'heure où l'individualisme triomphe, il n'est sûrement pas malvenu de se remémorer leur exemple et ce qui fit leur engagement.

Loin de toute polémique politicienne, l'auteur s'attache ainsi à mettre en lumière notre propre tendance à ne retenir que les faits d'armes les plus éclatants, oubliant le lent travail de sape idéologique entrepris par ceux qui, au péril de leur vie, distribuèrent tracts et revues ronéotypées, par ceux qui, à vélo, à pieds ou de leur fenêtre, observaient et notaient les plus infimes détails à valeur militaire. Il est fort à parier que la contribution de ces petites mains à la chute du nazisme et à la libération de l'Europe ne fut pas moindre que l'action des premiers soldats alliés débarquant sur les plages de Normandie.

Telle est en définitive la principale vertu de l'analyse produite par Roger Faligot. En nous amenant à redéfinir notre perception de ce que fut le combat homérique contre une forme de barbarie inédite dans l'histoire de l'humanité, en nous poussant à faire une place dans notre mémoire collective aux nuées d'anonymes désarmés et innocents qui luttèrent de toutes leurs forces contre l'occupant feldgrau, elle sublime en effet son manque d'esprit de synthèse et parvient de ce fait à se hausser au rang d'ouvrage de référence en ce qui concerne la question de la résistance au nazisme.

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article