Rudolf Hoess, "Le commandant d'Auschwitz parle"

Publié le par comprendreletotalitarisme

Le-commandant-d-auschwitz-parle.jpg- « Le commandant d'Auschwitz parle », Rudolf Hoess, éditions La découverte, collection Poche.

 

Le commandant d'Auschwitz parle. Le commandant d'Auschwitz « nous » parle.

Faut-il refuser de l'entendre, comme lui-même le fit avec les centaines de milliers de victimes exterminées sous son autorité ? La première impulsion serait d’acquiescer et de passer son chemin sans plus se soucier de ce curieux discours autojustificatoire. Mais voilà, si l'homme peut se permettre le dédain, l'historien, lui, se doit de comprendre le pourquoi du comment. A ce titre, Rudolf Hoess, créateur et maître du complexe de mort polonais connu sous le nom réducteur d'Auschwitz, nous condamne à devenir un familier, à scruter les épisodes les plus mineurs de sa triste existence et, en définitive, à se glisser dans son rutilant mais mortifère uniforme de chef garde-chiourme sans conscience, ni états d'âmes. A vrai dire, évoquer ce dernier aspect de la personnalité Hoess équivaut à sauter les étapes. Car l'ange exterminateur résulta en définitive du long et tortueux cheminement d'un enfant comme tous les autres.

  Au sein de cette société sclérosée par le conservatisme et la réaction politique que fut l'Allemagne willeminienne, les fils et filles, ces continuateurs du clan familial, ne sont vus que comme des excroissances sans autonomie décisionnelle, ni réelle substance, par rapport au détenteur de la force réelle, qu'il s'agisse du père, du maître d'école, du prêtre ou du patron. Chosifié par son géniteur, standardisé par l'éducation germanique, le jeune Rudolf alla donc son chemin sans que personne ne puisse lui venir en aide, ni l'aider à se constituer une morale pratique de l'humanité, sa mère moins que tout autre, elle qui subissait pire que lui en terme de soumission et de ghettoïsation familiale. La mort précoce du père, trait commun à nombre de caciques du régime hitlérien, et au premier d'entre eux en particulier, si elle laissa les coudées franches au jeune adulte Hoess, le déstructura néanmoins en ce qu'elle l'exposait à une indépendance pour laquelle il n'avait jamais été préparé.

Alors qu'une conflagration mondiale laisse percevoir ses premières perturbations en Allemagne et ailleurs, l'adolescent devient ce qu'il n'est jamais parvenu à être pour l'autorité de son enfance, c'est-à-dire le parfait exécutant patriotique, prêt à tout pour prouver qu'il est digne d'obéir. Rejeté par un monde moderne qu'il ne peut même envisager tant il déstructure l'habituelle soumission, le jeune exécutant est mûr pour toutes les aventures, toutes les obéissances et, partant, toutes les exactions. Corps Francs et coups de mains sanglants contre ces communistes qui menacent de faire voler en éclat l'immobilisme ambiant deviennent son quotidien de déclassé. Affiliation aux Artamanen et enrôlement dans la SS viennent parachever le tout.

Voilà, nous y sommes revenus. Le petit soldat obéissant réapparaît fatalement. Ce Rudolf Hoess et les millions d'êtres humains qu'il a escorté jusqu'à l'abattoir sans jamais ciller mais toujours « avec humanité ». Quelle humanité ? Celle d'hommes qui n'en étaient plus, tristes marionnettes décérébrées en proie à leurs pulsions les plus intimes et les plus inavouables.

Le commandant d'Auschwitz parle. Le commandant d'Auschwitz « nous » parle. Prenons garde à ne jamais devenir comme lui...

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